Journée spéciale « Élections européenne »

A l’approche des élections pour le renouvellement des eurodéputés au Parlement Européen, l’ISG a organisé le mardi 14 mai une journée spéciale « Élections européennes » : des conférences et une table ronde auxquelles ont participé des acteurs de la vie politique, économique et sociale européenne.

Les intervenants ont présenté leur compréhension des grands défis qui attendent le nouveau Parlement. Le Brexit, tout d’abord, qui pose des questions à la fois logistiques et de fond. D’un point de vue immédiat, le manque d’accord en avril 2019 sur la sortie de la Grande Bretagne de l’Union européenne implique que des eurodéputés britanniques doivent aussi être élus. En cas de Brexit, ceux-ci ne sont appelés à siéger que quelques mois tout au plus, avec la conséquence d’un nouveau Parlement transitoire, dans sa composition mais aussi son fonctionnement. De façon plus profonde, le Brexit est une manifestation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et donc aussi de la liberté de se retirer de l’Union européenne, selon le mécanisme prévu à l’article 50 du traité de Lisbonne. Selon M. Pourquery de Boisserin, l’exercice de ce droit oblige l’ensemble des pays à questionner et à repenser les règles fondamentales qui régissent le pacte d’adhésion à l’Union, dont l’intégration jusqu’ici s’est faite sans imaginer concrètement les conséquences d’un éventuel retrait de certains des pays adhérents.

C’est dans ce cadre que M. Blondeau a rappelé les enjeux du vote dans ses grandes lignes et les différentes étapes du renouvellement des institutions européennes. Les eurodéputés se rassemblent en groupes selon leur affinité politique et non par nationalité ; de par la composition actuelle, les deux groupes les plus nombreux du Parlement, le PPE et les socio-démocrates s’alliaient souvent pour constituer une majorité stable dans l’hémicycle. Les sondages sur la constitution du nouveau Parlement laissent entrevoir une perte d’importance des deux groupes traditionnellement plus nombreux et la nécessité future de former des alliances plus larges pour obtenir la majorité. Seul le futur dira si cela engendre une plus grande instabilité politique ou au contraire une représentation plus démocratique.

M. Blondeau a aussi expliqué que selon le principe du Spitzenkandidat mis en place en 2014, le regroupement qui ressortira vainqueur des élections au Parlement Européen nommera le président de la nouvelle Commission Européenne, renforçant ainsi la représentativité démocratique des Institutions Européennes mais aussi le pouvoir de décision et d’influence du Parlement. Cette nomination devrait intervenir avant l’été. Ce n’est qu’à l’automne que les candidats au poste de commissaire seront auditionnés par le Parlement avant de former la nouvelle Commission.

Actuellement, l’Union européenne traverse une période inédite. L’exemple de la Grande Bretagne mais aussi la montée en puissance de partis populistes et antieuropéens en Italie, en Hongrie, en Autriche, en Espagne ou ailleurs représente un risque réel d’implosion de l’Union européenne, selon M.M. Vesperini et Darrasson. Ces menaces politiques rajoutent de l’instabilité à un ensemble européen déjà ébranlé par les divergences sur la gestion de la crise grecque et plus récemment sur les objectifs de la politique monétaire au sein de la zone euro. M. Leroy analyse quant à lui la multiplication des rencontres et des déclarations communes entre la France et l’Allemagne comme un affichage de surface qui peine à masquer les différences dans les attentes et les visions sur le futur de l’Europe des deux grands pays fondateurs de l’Union.

A ces tensions internes se rajoute le danger venant de l’extérieur avec la pression pour de nouveaux élargissements (avec par exemple l’Ukraine ou la Macédoine) qui, selon M. Darrasson, empêcheraient de solidifier les liens entre les pays déjà membres de l’Union. Cette position, favorable à l’approfondissement plutôt qu’à l’élargissement, oppose depuis toujours les pays déjà membres et revient au centre des débats sur le futur de l’Union européenne. La question plus générale de la possibilité d’une intégration européenne à plusieurs vitesses avec des domaines de coopération différenciés a été évoquée notamment par M.M. Gernigon et Naegelen.

La présentation de M. Louis Giscard d’Estaing a permis d’évoquer un défi supplémentaire auquel les nouvelles institutions devront faire face, celui des ressources de l’Union européenne. La question se pose en deux temps : d’une part, la mise en œuvre de politiques plus ambitieuses au sein de l’Union, qu’elles soient environnementales, sociales, industrielles ou de défense, rend indispensable l’augmentation des moyens disponibles. D’autre part, une politique commune élaborée de façon conjointe et non directement liée aux intérêts nationaux (souvent contradictoires) requiert une plus grande autonomie financière vis-à-vis des pays membres. Actuellement plus de 70% des ressources de l’Union proviennent des contributions directes des Etats et seulement 15% sont des ressources propres (droits de douane et prélèvements agricoles) et de nombreuses discussions sont en cours tant sur le montant supplémentaire de ces ressources propres que sur leur origine.

Pendant la table ronde, les participants ne se sont pas limités à évoquer les grands enjeux des élections de mai 2019, ils ont aussi insisté sur certaines des avancées que les peuples européens doivent aux institutions communes. M. Naegelen a ainsi rappelé que l’Union européenne continue d’être le plus grand espace démocratique du monde (mis à part l’Inde) et qu’elle a atteint le but initialement poursuivi par les fondateurs de la CECA puis de la CEE après la seconde guerre mondiale : l’instauration et le maintien de la paix à l’intérieur des frontières de l’Europe.

M. Blondeau observe que c’est sans doute au moment où les acquis de ces dernières décennies (la paix dans l’espace commun, l’affirmation des droits de l’homme, la liberté de circulation etc.) sont menacés par les crises politiques ou économiques que l’on peut espérer un regain d’intérêt pour les questions européennes et une prise de conscience de la fragilité de ces mêmes acquis. A ce titre, il parle d’« acte citoyen » à propos du vote du 26 mai prochain.

L’intervention de M. Chatin a quant à elle permis d’évoquer le rôle moteur exercé par l’Union européenne pour la protection des économies. Le dialogue permanent entre les entreprises et les institutions européennes permet de protéger les intérêts des entreprises en informant mieux les eurodéputés sur les contraintes auxquelles celles-ci font face et permet aussi de défendre l’industrie européenne face aux entreprises étrangères. M. Chatin a aussi expliqué comment les institutions européennes contribuent à la protection des consommateurs avec l’imposition de normes et standards communs et aussi à l’innovation.

De la table ronde, nous retiendrons bien sûr les nombreux défis qui attendent le nouveau Parlement pour retrouver la confiance des peuples européens, pour mettre en œuvre des politiques économiques, sociales et environnementales en faveur de citoyens et pour assurer à l’Europe un rôle de premier plan sur la scène internationale, en défense de ses intérêts et de ses valeurs. Dans une Union européenne menacée d’affaiblissement par une abstention très élevée, face à une Grande Bretagne plus que jamais tournée vers les Etats-Unis et face à une Chine qui renforce son pouvoir d’influence au sein de l’Union à chaque investissement supplémentaire réalisé. Les intervenants se sont accordés pour réaffirmer l’urgence à redonner légitimité et pouvoir aux institutions européennes en allant voter le 26 mai 2019. Ils ont aussi rappelé, chacun avec sa vision, qu’il est dans l’intérêt des pays de l’Union européenne de réaffirmer leur engagement commun.

Se dirige-t-on vers une Europe nouvelle et dynamique orientée sur une gouvernance citoyenne ?

Posté le: 23-05-2019